Site de Gamaches-en-Vexin - Le train passait à Gamaches

                                                                                                                                                   

 

 

 

 

 

 

Il y a 135 ans, le train passait à Gamaches...

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Non, ce n'est pas un canular, le train passait bien à Gamaches-en-Vexin à la fin du XIXème siècle, et plus exactement un tramway à voie étroite, qui traversait le village, de la route d'Etrépagny à celle des Thilliers, rasant les murs des maisons dans un panache de fumée noire...

A cette époque, les voitures chargées de betteraves qui se rendent aux sucreries d'Etrépagny, de Fontenay-en-Vexin et des Andelys pendant la campagne sucrière n'en finissent pas de détériorer routes et chemins. L'entretien des voies du réseau carrossable devient de plus en plus coûteux et l'idée d'utiliser le chemin de fer pour transporter les betteraves et le sucre commence alors à germer au sein du département de l'Eure.

En 1873, on commence donc à réfléchir à la constitution d'un réseau ferré qui permettrait de préserver les routes. Deux ans plus tard, une enquête publique est ouverte sur plusieurs communes : la "Compagnie du chemin de fer industriel du Vexin" est née.

A l'origine, cette ligne doit partir de la gare d'Etrépagny pour rejoindre Les Andelys, via Gamaches, Les Thilliers, Tourny et Guiseniers. Un embranchement est prévu pour Chauvincourt, et un autre pour la sucrerie de Fontenay, soit 33 kilomètres de voie ferrée. Cette ligne doit également pouvoir servir au transport de marchandises et de voyageurs.

   

 

Représentation de l'entrée de Gamaches au rond-point de la vierge

La traction initialement prévue par des chevaux sera finalement assurée par une machine à vapeur, et les rails seront posés à même la route, réduisant d'autant sa largeur.

Le décret du 18 août 1876 déclare d'utilité publique l'établissement du tramway dans l'arrondissement des Andelys, avec rétrocession au bénéfice des concessionnaires entrepreneurs, Mrs Borger et Vercken, hommes d'affaires bruxellois, à l'origine du projet.

Quatorze kilomètres de voies sont déjà construits, alors qu'aucune autorisation n'a encore été délivrée par l'administration. Malgré tout, la commission du conseil général ne s'oppose pas au projet devant l'intérêt qu'il représente pour l'économie locale.

 

 
 
   

Toutefois, les délibérations des conseils municipaux des villages concernés ne sont pas unanimes. Par exemple, à Gamaches, on fait remarquer que le croisement des attelages et des trains oblige les machines à vapeur à passer au ras des maisons dont les toits de chaume risquent de prendre feu.

   

Malgré ces réserves, la mise en service de la ligne est autorisée à titre d'essai, pour la campagne 1877/1878. Deux locomotives de type "Cail 65" et trente wagons assurent le trafic.

Le prix de revient du transport des betteraves par le tramway est de 0,25 franc par tonne au km; il était de 0,36 franc par attelage hippomobile.

Dès sa mise en service, en l'espace de huit jours, de nombreux inci- dents et deux débuts d'incendie confirment les craintes des villageois. Le 17 août, le maire de Gamaches proteste auprès du conseil général contre la traversée de son village par le tramway, qui emprunte la rue principale large de seulement cinq mètres et demande que la voie ferrée passe hors du village.

 

Locomotive de type "Cail 65"

   

                 Projet de détournement de Gamaches

Une étude est alors entreprise, qui prévoit de dévier Gamaches en empruntant la vallée de la Bonde, puis de faire passer le tramway en plaine, derrière l'actuel Clos Thorel. Ce projet ne verra jamais le jour, pas plus d'ailleurs que l'embranchement vers Chauvincourt, ni la prolongation de la ligne entre Tourny et Les Andelys.

Les premiers horaires de 1877 indiquent une durée de trajet d'une heure entre Etrépagny et Fontenay, mais en 1879 la durée du trajet a doublé… Deux arrêts sont effectifs à Gamaches, l'un au "Garage Feugueur", et l'autre au "Garage Doré", avec un embranchement spécifique destiné à la ferme du même nom.
De nombreuses plaintes émanent des riverains, mais aussi des usagers car les retards peuvent atteindre une heure, voire deux.

   

Devant l'irrégularité des passages, un rapport de l'ingénieur ordinaire explique "…qu'en dehors de la gêne occasionnée au public, les cultivateurs qui se rendent le mercredi de chaque semaine au marché d'Etrépagny cherchent à éviter la rencontre de trains qui sur des chemins étroits peut effrayer les chevaux ( …) mais se plaignent de les rencontrer souvent à l'improviste …" et demande un respect plus rigoureux des horaires.

Horaire des trains entre Etrépagny et Fontenay

Certains convois chargés de betteraves patinent sur les rails gras de la côte de Gamaches. Quand cela se produit, Mr Doré cultivateur à Gamaches, vient avec une ou deux paires de bœufs pour tirer le tramway jusqu'en haut de la côte. L'exploitation de la ligne se poursuit, et des travaux d'élargissement des routes sont effectués afin d'améliorer la sécurité lors des croisements avec les voitures à cheval.

En 1882, la réception définitive n'est toujours pas terminée et aucune subvention n'a encore été versée, alors que le tramway est exploité depuis cinq ans et que le département s'était engagé à verser 400 F par kilomètre construit la première année, et 300 F les années suivantes. Après les frais engagés pour les modifications de tracé, la situation financière de la compagnie se dégrade, si bien que les quatre employés ne sont pas payés régulièrement. La société est en rupture de paiement dès 1882, et le 3 mai, Mr Emile Fabre directeur du tramway demande une aide financière à Mr d'Osmoy, responsable de la société des sucreries du Vexin qui regroupe les usines d'Etrépagny et de Fontenay ainsi que les râperies de Brémule et de Saussay la vache.

   

 

La sucrerie d'Etrépagny a ouvert ses portes en 1864

Mais la société des sucreries du Vexin n'est guère plus florissante. Elle est mise en liquidation en 1883, provoquant la séparation des intérêts des sucreries d'Etrépagny et de Fontenay, séparation qui sera fatale à l'avenir du tramway.

En 1885, la sucrerie de Fontenay, seule utilisatrice de la ligne, devient concessionnaire au travers de Mrs Lapeyre et Moutard, propriétaires de l'usine. Malheureusement, l'industrie sucrière connaît une crise, début 1887, et l'usine de Fontenay ferme ses portes. Le département propose à la sucrerie d'Etrépagny de reprendre le tramway en location, mais celle-ci refuse l'offre.

Dans sa cession du 29 avril 1887, l'assemblée départementale constate que le tramway est à l'abandon depuis le 29 mars, date d'arrêt de l'exploitation, et qu'aucun repreneur ne s'est manifesté. Les rails sont enlevés en octobre 1888.

 

 

 

Ainsi s'achève la vie éphémère du tramway à vapeur qui rythma la vie des Gamachois pendant près d'une décennie.

 

Sources :

- Claude Wagner , L'extraordinaire histoire du tramway du Vexin normand,  Editions du Valhermeil, 2000 - En vente en ligne
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Archives départementales de l'Eure

- Claude Clérembaux

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